Ethnoarchéologie de la bière au Sénégal
par Anne Mayor et Julien Vieugué
En Afrique, les plus anciens témoignages de production de bière remontent au 4ème millénaire avant notre ère en Egypte prédynastique. Pendant très longtemps, cette boisson fermentée a joué un rôle social prépondérant dans de nombreuses sociétés africaines non musulmanes, étant notamment produite et consommée dans le cadre de fêtes collectives en lien avec le cycle annuel des initiations et de l’agriculture. La fabrication de cette boisson hautement calorique est encore pratiquée aujourd’hui, dans certaines zones de savanes, à partir de diverses céréales, parfois combinées, comme le millet, le sorgho ou le maïs. Elle s’opère sur plusieurs jours selon des recettes qui différent en fonction des groupes culturels et implique l’usage d’ustensiles et de contenants diversifiés, dont des céramiques pour faire germer les grains, cuire le malt, faire refroidir et fermenter la bière, la transporter et la servir.
Malgré l’ancienneté et le rôle-clé joué par cette boisson fermentée dans le fonctionnement des sociétés, peu de recherches se sont attardées à traquer sa présence dans le passé, ceci d’autant plus que les indices qui témoignent de sa production sont le plus souvent très ténus. Nos connaissances sur l’histoire de la bière en Afrique restent ainsi particulièrement fragmentaires et nécessitent des développements méthodologiques nouveaux. Cette conférence présentera les résultats de nos recherches ethnoarchéologiques menées depuis 2016 sur la fabrication artisanale de la bière au sud du Sénégal, dans des villages bedik et bassari. Des critères permettant de reconnaître son existence en archéologie commencent à émerger.
